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CPA ou spironolactone : comparaison clinique pour choisir son antiandrogène

Le CPA (acétate de cyprotérone, commercialisé en France et en Belgique sous le nom d’Androcur) et la spironolactone (Aldactone) sont les deux antiandrogènes les plus utilisés dans le THS des femmes trans. Cette page les compare dimension par dimension, le long des grands axes de décision clinique. Elle ne livre aucune recommandation universelle — le choix revient à un·e clinicien·ne, en fonction de tes comorbidités, de tes conditions de suivi et de l’accès au médicament.

DimensionCPA (Androcur)Spironolactone (Aldactone)
MécanismeAgonisme des récepteurs de la progestérone + antagonisme faible des AR + suppression de la LH/FSHAntagonisme de l’aldostérone (diurétique épargneur de potassium) + antagonisme des AR à forte dose
Efficacité sur la testostéronePlus fiable (rétrocontrôle négatif au niveau hypophysaire)Modérée (surtout un blocage des récepteurs ; la testostérone sanguine n’atteint pas toujours la plage de castration)
Dose standard5 à 12,5 mg/jour100 à 300 mg/jour
Niveau de preuve A A
Risque au long cours le plus graveMéningiome (lié à la dose cumulée)Hyperkaliémie (liée à la fonction rénale)
Points de surveillanceBilan hépatique · prolactine · dose cumulée · céphalées/troubles visuelsKaliémie · fonction rénale · pression artérielle
Accès en FR / BE / CHSur ordonnance ; prescrit en endocrinologie. Restriction ANSM depuis 2018 (IRM obligatoire).Largement diffusé ; cardiologie, néphrologie, dermatologie
Coût mensuelEnviron 8 EUR (Androcur 50 mg, avec ALD : 0 EUR + franchise)Environ 3-6 EUR (Aldactone générique, avec ALD : 0 EUR + franchise)

CPA : une suppression à plusieurs niveaux, surtout par rétrocontrôle

Section intitulée « CPA : une suppression à plusieurs niveaux, surtout par rétrocontrôle »

Le CPA atténue l’action des androgènes par trois mécanismes [15] :

  1. Rétrocontrôle négatif via les récepteurs de la progestérone (le principal) : il freine la GnRH hypothalamique → moins de LH/FSH hypophysaire → moins de testostérone synthétisée
  2. Antagonisme faible des récepteurs aux androgènes : bien plus faible que celui du bicalutamide, d’une portée clinique limitée
  3. Inhibition légère de la 5alpha-réductase : il réduit la conversion de la testostérone (T) en DHT

Au final, la testostérone sanguine descend généralement dans la plage féminine (inférieure à 50 ng/dL), et l’effet est d’autant plus stable lorsqu’on l’associe à un oestrogène.

Spironolactone : une double voie aldostérone + androgènes

Section intitulée « Spironolactone : une double voie aldostérone + androgènes »

À l’origine, la spironolactone est un diurétique épargneur de potassium ; son action antiandrogénique vient du blocage compétitif des récepteurs aux androgènes à forte dose [7] [23] :

  1. Antagonisme des récepteurs de l’aldostérone (mécanisme principal) : une diurèse qui épargne le potassium et fait baisser la pression artérielle
  2. Antagonisme des récepteurs aux androgènes (à forte dose) : il apparaît au-delà de 100 mg
  3. Légère suppression de la synthèse de testostérone : un mécanisme encore mal compris

Au final, la testostérone sanguine ne baisse parfois que modérément, voire reste dans la plage normale, mais l’action des androgènes au niveau des tissus est bloquée — et une féminisation clinique reste tout à fait possible.

Efficacité sur la suppression de la testostérone

Section intitulée « Efficacité sur la suppression de la testostérone »
IndicateurCPA 5-12,5 mgSpironolactone 100-300 mg
Baisse médiane de la testostérone sanguine80 à 95 %30 à 60 %
Proportion atteignant la plage féminine (inférieure à 50 ng/dL)Plus élevéePlus faible ; nécessite en général un estradiol associé
Délai d’action4 à 8 semaines6 à 12 semaines
Effet sur la DHTModéréRéduite indirectement, via le blocage des AR

Le point clé : si tu es plutôt « attachée aux chiffres » et tiens à voir ta testostérone dans la plage féminine, le CPA atteint la cible plus facilement ; si tu es plutôt « attentive aux symptômes » (pilosité, sébum, libido), les deux peuvent faire le travail.

Autres risques :

  • Hépatotoxicité : élévation des ALAT/ASAT, et rarement une insuffisance hépatique aiguë ; contrôle le bilan hépatique tous les 3 à 6 mois
  • Humeur en berne / dépression : effet progestatif, rapporté par environ 10 à 20 % des utilisatrices
  • Hyperprolactinémie : surveille la PRL ; une élévation persistante invite à réduire la dose
  • Baisse de la libido : effet attendu d’une forte suppression de la testostérone ; certaines utilisatrices le vivent mal

Autres risques :

  • Polyurie / nycturie : effet diurétique ; la plupart s’y habituent en 4 à 8 semaines
  • Hypotension / vertiges orthostatiques : surtout marqués à l’instauration
  • Tension mammaire : fréquente, et ne justifie généralement pas l’arrêt
  • Fluctuations de la libido : la variabilité d’une personne à l’autre est importante
Contre-indicationCPASpironolactone
Antécédent de méningiomeContre-indication absolueSûre
Atteinte hépatique sévèreContre-indiquéÀ utiliser avec prudence
Insuffisance rénale (DFGe inférieur à 30)Réduire la doseContre-indiquée
Hyperkaliémie connueSûrContre-indiquée
Prise concomitante d’IEC/ARA sans surveillanceSûrContre-indiquée
Épisode dépressif/bipolaire en coursÀ utiliser avec prudenceRelativement sûre
Grossesse (chez les personnes fertiles)Contre-indiquéContre-indiquée
ÉchéanceCPASpironolactone
Bilan initialBilan hépatique · prolactine · IRM cérébrale (obligatoire en France depuis 2018)Kaliémie · fonction rénale · pression artérielle
Semaine 2Kaliémie · pression artérielle
Semaine 6-8Testostérone · bilan hépatique · prolactineTestostérone · kaliémie · fonction rénale
Tous les 3-6 moisBilan hépatique · prolactine · point sur la dose cumuléeKaliémie · fonction rénale
Une fois par anIRM cérébrale (usage au long cours — exigée par l’ANSM en France)Dépistage mammaire

Accès au traitement en France, Belgique et Suisse

Section intitulée « Accès au traitement en France, Belgique et Suisse »
  • France : sur ordonnance, disponible dans toutes les pharmacies. L’ANSM a imposé en 2018 des conditions de prescription renforcées : IRM cérébrale initiale et suivi IRM annuel, attestation de non-grossesse, information de la patiente sur le risque de méningiome. Avec ALD, prise en charge à 100 %. Le coût sans ALD est d’environ 8 EUR la boîte de 20 comprimés à 50 mg.
  • Belgique : Androcur est disponible sur prescription de spécialiste (endocrinologue, urologue). Remboursement par la mutualité sous conditions.
  • Suisse : Androcur est disponible sur ordonnance. Couvert par la LAMal avec indication médicale. Les mêmes précautions IRM s’appliquent.
  • France : Aldactone et ses génériques sont largement disponibles. Remboursé à 65 % par la Sécu (100 % avec ALD). Le coût est très faible : environ 3 à 6 EUR la boîte de 30 comprimés.
  • Belgique : disponible en pharmacie, remboursé par la mutualité.
  • Suisse : disponible sur ordonnance, couvert par la LAMal.
  • Décapeptyl (triptoréline, GnRHa) : agoniste de la GnRH injectable, très efficace pour la suppression de la testostérone. Coût élevé (environ 180 EUR l’injection trimestrielle) mais pris en charge à 100 % avec ALD en France. Option de premier choix quand le CPA et la spironolactone sont tous deux contre-indiqués.

Le CPA se discute en priorité quand :

  • tu tiens à voir ta testostérone sanguine dans la plage féminine ;
  • la spironolactone seule ne suffit pas à faire baisser la testostérone ;
  • tu as des soucis rénaux ou une tendance à l’élévation du potassium ;
  • tu supportes mal les effets diurétiques de la spironolactone.

La spironolactone se discute en priorité quand :

  • tu es jeune et envisages un THS au long cours (plus de 5 ans), où la dose cumulée pèse dans la balance ;
  • tu as un antécédent de méningiome ou une IRM initiale anormale ;
  • tu as aussi besoin de contrôler ta pression artérielle ou d’une protection cardiovasculaire ;
  • le CPA est indisponible ou trop lourd financièrement.

Un agoniste de la GnRH se discute quand :

  • le CPA et la spironolactone sont tous deux contre-indiqués ou intolérables ;
  • tu as besoin d’une suppression maximale de la testostérone (période transitoire avant gonadectomie) ;
  • le Décapeptyl est disponible et pris en charge (en France avec ALD, c’est le cas).

Monothérapie par E2 injectable / monothérapie à forte dose :

  • certaines utilisatrices obtiennent une suppression naturelle de la testostérone sous E2 injectable à forte dose et peuvent se passer d’antiandrogène ;
  • à ne faire que sous la surveillance d’un·e clinicien·ne, avec un suivi sanguin continu.

Tout est détaillé dans notre guide : Guide complet du changement d’antiandrogène